Fixer son TJM de freelance sans se brader
Un taux journalier moyen se calcule, il ne se devine pas. Voici comment partir de votre revenu cible, de vos jours réellement facturables et de vos charges pour obtenir un TJM défendable, puis comment le confronter au marché.
Beaucoup de freelances fixent leur premier tarif en divisant leur ancien salaire par vingt jours. Le résultat semble correct, et il est presque toujours trop bas. Un salarié est payé douze mois pour environ deux cent vingt jours travaillés ; un freelance n'est payé que les jours qu'il facture.
Entre la prospection, l'administratif, les creux entre deux missions, les congés et la formation, les jours réellement facturés tombent bien en dessous de ce qu'on imagine. Un TJM qui ne l'intègre pas vous fait travailler plus pour gagner moins qu'avant, sans que vous le voyiez avant la fin de la première année.
Partir du revenu que vous visez
Commencez par le chiffre qui compte pour vous : ce que vous voulez vous verser à l'année, après charges sociales mais avant impôt sur le revenu. Ajoutez-y vos frais professionnels, matériel, logiciels, assurance, comptable, déplacements, puis les cotisations sociales qui s'appliquent à votre statut. Vous obtenez le chiffre d'affaires nécessaire.
Pour un micro-entrepreneur en profession libérale, les cotisations tournent autour d'un quart du chiffre d'affaires en 2026 ; en société, le calcul est différent et dépend de votre rémunération. Dans le doute, faites valider l'ordre de grandeur par un expert-comptable : une erreur de dix points se répète sur chaque facture.
N'oubliez pas les dépenses que l'employeur payait sans que vous le voyiez : la mutuelle, la prévoyance, l'ordinateur, le téléphone, la formation, les tickets restaurant. Additionnées, elles pèsent souvent plusieurs milliers d'euros par an. Une assurance responsabilité civile professionnelle s'y ajoute dans de nombreux métiers, et un logiciel de facturation.
Compter les jours vraiment facturables
Une année compte environ 250 jours ouvrés. Retirez cinq semaines de congés, quelques jours de maladie, le temps passé à prospecter et à gérer l'activité, les creux entre missions. Pour un freelance installé, on constate couramment 150 à 190 jours facturés ; la première année, souvent moins.
Voir les données
| Où partent les 250 jours ouvrés d'une année | |
|---|---|
| Facturés | 170 jours |
| Prospection et gestion | 30 jours |
| Congés | 25 jours |
| Creux entre missions | 15 jours |
| Formation et maladie | 10 jours |
Voir les données
| Facturés | Prospection et gestion | Congés | Creux entre missions | Formation et maladie | |
|---|---|---|---|---|---|
| Jours | 170 | 30 | 25 | 15 | 10 |
Le calcul, étape par étape
Exemple : 42 000 € par an, soit 3 500 € par mois avant impôt.
Exemple : 5 000 € de matériel, logiciels, assurance et comptabilité. Total : 47 000 €.
Avec environ 25 % du chiffre d'affaires en cotisations, il faut facturer 47 000 / 0,75, soit environ 62 700 €.
Sur 170 jours, le TJM plancher ressort à environ 370 €.
Un mois sans mission, un client qui paie en retard : 10 à 20 % de plus, soit 410 à 450 €.
Confronter ce plancher au marché
Regardez ensuite ce que pratiquent les freelances de votre métier, à expérience comparable. Les profils publics sur les plateformes, les échanges entre pairs et les annonces de missions donnent une fourchette. Si votre plancher est au-dessus du marché, il faut réduire vos frais, facturer plus de jours ou vous spécialiser. S'il est très en dessous, vous sous-facturez probablement.
| Spécialisation sectorielle | Nettement à la hausse | Moins de concurrents, un risque plus faible pour le client |
| Mission en direct, sans intermédiaire | À la hausse | Pas de commission ni de mise en concurrence permanente |
| Forte urgence du client | À la hausse | La disponibilité a une valeur |
| Mission longue à temps plein | Légèrement à la baisse | La visibilité compense un tarif un peu plus bas |
Méfiez-vous des moyennes publiées par métier : elles mélangent débutants et experts, Paris et province, missions en direct et missions via intermédiaire. Elles donnent un ordre de grandeur, pas votre prix. Le chiffre le plus utile reste celui d'un freelance au profil proche du vôtre, dans votre ville et votre secteur.
Annoncer son prix, et l'augmenter
Annoncez votre TJM sans vous excuser, et sans le justifier ligne par ligne : le client n'a pas à connaître votre calcul, seulement ce qu'il obtient. Révisez-le chaque année, et à chaque nouveau client. Il est bien plus facile de facturer 500 € à un nouveau venu que d'augmenter de 100 € un client historique.
Et quand un client négocie, négociez le périmètre plutôt que le prix : moins de jours, moins de livrables, un délai plus long. Baisser son TJM, c'est le baisser pour longtemps.
Pensez enfin au forfait. Quand une mission se décrit par son résultat, un site, un audit, une campagne, un prix global évite au client de compter vos jours et vous permet de profiter de votre efficacité. Le TJM reste votre outil de calcul interne : vous estimez les jours nécessaires, vous multipliez, vous ajoutez une marge pour l'imprévu, et vous annoncez un total.
Demander à ceux qui facturent déjà
Les grilles publiées sont des moyennes. Ce qui vous aide, c'est d'entendre un freelance de votre métier dire combien il facture, comment il l'annonce, et ce qu'il a répondu la dernière fois qu'on lui a demandé une remise. Sur les sessions freelance de Tribune, ces chiffres se donnent en direct, et vous pouvez soumettre votre propre calcul dans le chat. Les premières minutes sont en écoute libre.