DeFi, staking, airdrops : ce que ça rapporte vraiment, et ce que ça risque
Des rendements affichés à 5, 20 ou 200 % par an, des jetons distribués gratuitement : la finance décentralisée promet de faire travailler ses cryptos. Voici d'où viennent ces rendements, et les risques qui ne figurent pas sur la page d'accueil.
Un tableau de bord affiche « APY 18 % » en vert, à côté d'un bouton « Déposer ». Pour qui compare avec son livret, la décision semble évidente. Un rendement affiché n'est pourtant qu'une photographie : il change chaque jour, il est souvent payé dans un jeton qui baisse, et il ne dit rien du risque pris pour l'obtenir.
La finance décentralisée n'est pas une arnaque en soi : elle repose sur des mécanismes réels. Mais chaque pourcentage a une source, et la question utile n'est jamais « combien ça rapporte ? », c'est « qui me paie, et pourquoi ? ».
D'où vient le rendement
| Staking | Le protocole, pour sécuriser le réseau | Quelques % par an | Blocage des fonds, pénalités, prix du jeton |
| Prêt | Des emprunteurs, via un protocole | Variable, souvent quelques % | Faille du contrat, défaut en cascade |
| Pool de liquidité | Les frais des échanges | De quelques % à plusieurs dizaines | Perte impermanente, jeton qui s'effondre |
| Incitations (farming) | Le projet, en émettant son propre jeton | Parfois des centaines de % | Jeton distribué qui perd sa valeur |
Plus le rendement est élevé, plus il vient en général de l'émission d'un jeton neuf. Le projet paie ses utilisateurs en créant de la monnaie ; si personne n'achète ce jeton ensuite, sa valeur baisse, et le rendement réel en euros peut être négatif.
Le staking, le plus simple et pas sans risque
Staker, c'est bloquer des jetons pour participer à la validation d'un réseau, et recevoir en échange une récompense. Sur les grands réseaux, elle se situe en général autour de quelques pour cent par an. Le risque principal n'est pas technique : c'est que le prix du jeton baisse de 40 % pendant que vous gagnez 4 %.
S'y ajoutent des délais de retrait, parfois de plusieurs jours, qui empêchent de vendre au moment voulu, et le risque de l'intermédiaire si vous stakez via une plateforme. Plusieurs services de prêt et de staking centralisés ont fait faillite en 2022 en gelant les fonds de leurs clients.
Les risques qu'on ne voit pas sur la page
- Le rendement annuel
- Le montant total déposé
- Les partenaires et les logos
- D'où vient ce rendement, et combien de temps il tiendra
- Les audits du code et l'historique de failles
- Qui peut modifier ou bloquer le contrat
- La liquidité réelle du jeton reçu en récompense
Un contrat intelligent est un programme : une erreur de code peut être exploitée et vider le protocole en une transaction. Les piratages de ponts entre blockchains et de protocoles de prêt se comptent par centaines, et un audit ne garantit rien. Il n'existe ni garantie des dépôts, ni médiateur.
Les airdrops : gratuits, mais pas sans coût
Un airdrop est une distribution de jetons aux premiers utilisateurs d'un protocole. Certains ont été généreux, et c'est ce qui entretient la chasse. Mais obtenir une éligibilité demande souvent des dizaines de transactions, donc des frais et du temps, sans aucune garantie de distribution, et les règles sont connues après coup.
Surtout, les faux airdrops sont l'un des vecteurs de vol les plus courants : un site vous invite à « réclamer » des jetons, et la signature demandée autorise en réalité le transfert de vos fonds. Un airdrop qui arrive sans que vous l'ayez cherché est à ignorer. Côté fiscalité, le traitement des revenus de staking et des airdrops reste peu précis en France : faites-vous conseiller si les montants sont significatifs.
Les pools de liquidité méritent une explication à part. En déposant deux jetons dans un pool, vous touchez une part des frais payés par ceux qui échangent. Mais si le prix de l'un des deux varie fortement, le mécanisme rééquilibre votre dépôt à votre désavantage : c'est la perte impermanente. Il arrive régulièrement que les frais encaissés ne compensent pas cette perte, et qu'on aurait mieux fait de simplement garder ses jetons.
Il faut aussi compter les frais de transaction. Sur certains réseaux, déposer, réclamer ses récompenses et retirer coûte plusieurs euros à chaque fois. Sur un petit montant, ces frais peuvent absorber l'essentiel du rendement. Un calcul honnête part donc du montant que vous comptez engager, retire tous les frais prévisibles, et suppose que le jeton de récompense perd une partie de sa valeur.
Demander à ceux qui y sont
La DeFi s'apprend mal seul : les protocoles changent tous les mois, et les pièges sont souvent dans le détail d'une interface. Écouter quelqu'un qui l'utilise réellement, qui montre ce qu'il vérifie avant de déposer et ce qu'il a perdu, permet de gagner des mois.
Sur Tribune, les sessions crypto sont tenues en direct par des créateurs vérifiés. Vous pouvez leur demander d'où vient le rendement d'un protocole que vous regardez, pendant la session. Les premières minutes sont en écoute libre, et personne ne vous dira où placer votre argent.