Lire le bilan d'une entreprise en vingt minutes
Un bilan intimide par sa longueur, mais cinq lignes disent l'essentiel : ce que l'entreprise possède, ce qu'elle doit, et si elle peut tenir. Voici l'ordre de lecture, les ratios qui comptent et les signaux qui doivent alerter.
Votre expert-comptable vous envoie les comptes annuels : trente pages de chiffres, de colonnes et de notes. Vous regardez le résultat en bas du compte de résultat, vous soufflez s'il est positif, et vous refermez. Ou vous étudiez une entreprise à racheter, un fournisseur, un client important, et vous ne savez pas par où commencer.
Un bilan est une photo, prise un jour donné, de ce que l'entreprise possède et de ce qu'elle doit. Vingt minutes suffisent pour en tirer l'essentiel, à condition de savoir quelles lignes regarder et dans quel ordre.
Les deux colonnes
- Immobilisations : machines, locaux, logiciels, marques
- Stocks
- Créances clients : ce qu'on lui doit
- Trésorerie : l'argent sur les comptes
- Capitaux propres : apports des associés et bénéfices accumulés
- Dettes financières : emprunts bancaires
- Dettes fournisseurs
- Dettes fiscales et sociales
Les deux colonnes ont toujours le même total. L'actif dit ce que l'entreprise a fait de l'argent ; le passif dit qui le lui a fourni. Tout l'art de la lecture consiste à comparer certaines lignes de l'une à certaines lignes de l'autre.
À ne pas confondre avec le compte de résultat, qui raconte l'année : ventes, charges, bénéfice ou perte. Le bilan, lui, accumule. Le bénéfice de l'année vient grossir les capitaux propres, une perte les réduit. C'est pourquoi une entreprise peut afficher un bon résultat ponctuel tout en ayant un bilan fragile, héritage de plusieurs années difficiles.
L'ordre de lecture en vingt minutes
Positifs et en croissance d'une année sur l'autre ? Des capitaux propres négatifs signalent une entreprise qui a perdu plus qu'on ne lui a apporté.
Combien de semaines ou de mois de charges couvre-t-elle ? Comparez-la aux dettes à court terme.
Les clients paient-ils vite ? L'entreprise paie-t-elle ses fournisseurs dans les temps ou vit-elle sur leur dos ?
Rapportez les dettes financières aux capitaux propres. Un endettement élevé n'est pas un problème en soi, s'il finance des actifs qui rapportent.
Un bilan isolé dit peu. Deux ou trois années côte à côte montrent la direction.
Un exemple simple aide à fixer les idées. Une entreprise a 80 000 € de trésorerie et 120 000 € de créances clients, face à 150 000 € de dettes à payer dans l'année. Sa liquidité générale, stocks compris ou non, dépasse 1 : elle peut en principe faire face. Mais si la moitié de ces créances date de plus de six mois, le calcul devient beaucoup moins rassurant. Le chiffre se lit toujours avec ce qu'il y a derrière.
Quatre ratios à connaître
| Liquidité générale | Actif courant ÷ dettes à court terme | Peut-on payer ce qu'on doit dans l'année ? | Au-dessus de 1, en général |
| Endettement | Dettes financières ÷ capitaux propres | Qui finance l'entreprise, les associés ou la banque ? | Souvent sous 1, variable selon le secteur |
| Délai clients | Créances clients ÷ chiffre d'affaires × 365 | En combien de jours les clients paient | À comparer aux délais légaux et au secteur |
| Délai fournisseurs | Dettes fournisseurs ÷ achats × 365 | En combien de jours l'entreprise paie | À comparer au délai clients |
Le compte de résultat complète la lecture : il dit si l'entreprise gagne de l'argent sur l'année. Le bilan dit si elle peut encaisser les chocs. Une entreprise rentable avec des capitaux propres négatifs et une trésorerie à sec peut tomber sur une seule facture impayée.
Les annexes méritent aussi un coup d'œil, même rapide. On y trouve les engagements hors bilan, comme des cautions données ou des loyers à venir, le détail des dettes selon leur échéance, et les méthodes comptables retenues. Une petite entreprise en dépose peu, mais ce qui y figure éclaire souvent une ligne étrange du bilan.
Si vous analysez une entreprise extérieure, un fournisseur ou une cible de rachat, gardez en tête que les comptes déposés peuvent dater de plus d'un an, et que certaines petites sociétés choisissent de ne pas rendre public leur compte de résultat. Le bilan reste alors une base, à compléter par des questions directes.
Les signaux qui doivent alerter
- Des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social : la loi impose alors une procédure aux associés.
- Des dettes fiscales et sociales qui gonflent : souvent le signe qu'on retarde les paiements à l'État faute de trésorerie.
- Des créances clients qui augmentent plus vite que le chiffre d'affaires : les clients paient de plus en plus tard, ou certains ne paieront jamais.
- Des stocks qui s'accumulent : de l'argent immobilisé dans des produits qui ne se vendent pas.
Apprendre avec ceux qui lisent des bilans tous les jours
La méthode s'apprend vite. Le jugement, lui, vient de l'expérience : savoir quand un endettement est sain, reconnaître un bilan présenté sous son meilleur jour, comprendre les normes d'un secteur. Entendre un praticien commenter de vrais comptes accélère beaucoup cet apprentissage.
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